Les branches de mon voisin dépassent sur ma propriété

Des branches de chêne qui occultent la lumière de votre terrasse, des feuilles de pin qui bouchent vos gouttières ou des branchages qui menacent votre clôture : la végétation du voisinage est l’une des premières causes de litiges entre riverains.

Face à cette situation, la tentation est grande de sortir un sécateur ou une tronçonneuse pour régler le problème soi-même. Pourtant, la législation encadre strictement ces interventions.

Que dit le Code civil ? Avez-vous le droit de couper les branchages ? Comment contraindre légalement un voisin à agir tout en préservant de bonnes relations ? Tour d’horizon des règles et des démarches à suivre.

En matière d’arbres mitoyens ou en surplomb, la référence juridique fondamentale est l’article 673 du Code civil.

Ce texte établit une distinction nette entre deux types de végétaux :

  • Les branches et branchages : vous ne pouvez pas couper vous-même les branches d’arbres, d’arbustes ou d’arbrisseaux qui dépassent sur votre propriété. En revanche, vous avez le droit strict d’exiger de votre voisin qu’il les coupe au niveau exact de la limite séparative.

  • Les racines, ronces ou brindilles : si des racines s’étendent sous votre pelouse ou que des ronces traversent la clôture, vous avez légalement le droit de les trancher vous-même jusqu’à la ligne séparative.

Règle essentielle : Même si les branches vous causent un préjudice direct ou abîment vos installations, couper les branchages d’un tiers sans son accord constitue une faute civile passible de poursuites (dégradation du bien d’autrui ou risque de mort du végétal).

1. Ce que dit la loi : l'article 673 du Code civil

arbre

2. Le droit d'exiger l'élagage est « imprescriptible »

Votre voisin prétend que son arbre est là depuis plus de 30 ans et qu’il dispose d’une prescription trentenaire ? Cet argument ne fonctionne pas pour les branches en surplomb.

La jurisprudence de la Cour de cassation est constante : le droit d’exiger l’élagage des branches qui empiètent sur son terrain ne s’éteint jamais avec le temps. Que l’arbre ait 5 ans ou 60 ans, le propriétaire de l’arbre est tenu d’en assurer la coupe dès lors que les branchages dépassent la limite de propriété.

(Remarque : la prescription trentenaire peut s’appliquer uniquement sur la distance d’implantation de l’arbre par rapport à la clôture, mais jamais sur le débordement aérien des branches).

3. Qui doit payer les travaux d'élagage ?

Puisque la responsabilité de l’arbre incombe à son propriétaire, la totalité des frais d’élagage est à la charge du voisin.

  • Si le logement voisin est loué : l’entretien courant et la taille des haies relèvent des charges locatives. En revanche, pour un grand élagage d’arbres imposants nécessitant l’intervention d’un arboriste-grimpeur ou de matériel lourd, la facture revient au propriétaire bailleur.

  • Le sort des fruits et du bois : les fruits tombés naturellement sur votre terrain vous appartiennent, mais vous ne pouvez pas les cueillir directement sur les branches de votre voisin. Le bois issu de la coupe appartient également au propriétaire de l’arbre.

4. La procédure par étapes : du dialogue à la conciliation

Pour obtenir gain de cause rapidement sans envenimer les relations de voisinage, procédez par paliers :

1 : Le dialogue direct et amiable

Discutez-en de vive voix avec votre voisin. Très souvent, il ne s’est tout simplement pas rendu compte de l’ampleur du dépassement de son côté de la clôture. Proposez-lui de venir constater le surplomb depuis votre jardin.

2 : Le courrier simple de rappel

Sans retour après quelques semaines, envoyez un courrier simple ou un courriel courtois, rappelant les termes de votre échange oral et mentionnant l’article 673 du Code civil, en lui fixant un délai indicatif (par exemple 30 jours).

3 : La mise en demeure avec AR

En cas d’inaction persistante ou de refus catégorique, passez à l’étape formelle. Adressez-lui une lettre de mise en demeure en recommandé avec accusé de réception.

4 : Le recours au conciliateur de justice

Si la mise en demeure reste sans effet, la loi impose une tentative de règlement amiable avant toute saisine du tribunal judiciaire.

Faire appel à un professionnel pour un élagage en limite de propriété

L’élagage en limite séparative présente des risques techniques particuliers : travail en hauteur, proximité immédiate de toitures, de clôtures mitoyennes ou de lignes aériennes.

Pour éviter les accidents corporels et préserver la santé de l’arbre (en évitant les coupes franches qui favorisent le pourrissement du tronc), confier cette tâche à des arboristes qualifiés garantit une intervention sécurisée et conforme aux normes.

Votre message est bien parti.
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